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Vers une nouvelle classification des lésions musculaires graves du sportif ?
Définition
Il est habituel de définir les pathologies musculaires par leur degré lésionnel initial. En ce qui concerne ces souffrances musculaires dites graves, il s'avère que certaines, à date de consolidation, peuvent ne plus entraîner de troubles fonctionnels et que des lésions, a priori bénignes, justifient un geste chirurgical. La durée d'évolution, c'est-à-dire le temps nécessaire pour que le sportif puisse reprendre l'entraînement et la compétition, peut-être aussi un critère de qualification.
Ainsi toute lésion anatomique entraînant la rupture d'un potentiel important de fibres devient une lésion grave, justifiant un arrêt d'entraînement de six à huit semaines. En pratique, en plus des lésions qui imposent un temps de récupération long, il nous semble qu'il faut aussi associer comme lésions graves celles qui, à date de consolidation théorique, continuent à entraîner une gêne fonctionnelle. Un muscle, en effet, quand il est le siège d'une douleur, par des phénomènes d'inhibition, limite de façon importante la fonction motrice du sportif. Il est difficile pour le patient de pouvoir "surmonter" cette douleur lors de l'effort.
Enfin, d'autres lésions sont préoccupantes, car leur cicatrisation favorise des récidives.
Dans ces différents cas, la notion de pathologie grave musculaire ne pourrait être définie que tardivement, au stade de séquelles.
L'expérience montre cependant que certaines de ces lésions peuvent être considérées comme graves au début, dès lors qu'elles ont un potentiel de cicatrisation vicieuse. Ceci dépend habituellement de leur localisation. D'autres enfin entraîene des complications immédiates et doivent être considérées comme graves.
Finalement, pour parler de lésions graves du sportif, il faut au stade des lésions fraîches se préoccuper particulièrement des pathologie à potentiel évolutif défavorable at au stade tardif, à date de consolidation, de celles qui n'ont pas abouti à une guérison fonctionnelle réelle.
En pratique, ces notions ne recouvrent pas exactement la notion de degré lésionnel initial.
Les lésions fraîches à potentiel de gravité
Lésions entraînant des complications immédiates
* Les syndromes de loge : toutes les lésions anatomiques musculaires, survenant habituellement sur un muscle en plein effort et donc très vascularisé, saignant.
Les traumatismes externes, responsables de lésions d'origine extrinsèques, entraînent d'importants hématomes. La lésion musculaire est souvent modeste et permet de maintenir une activité sportive. Dans les heures qui suivent, un important saignement produit un hématome au seuil de la loge musculaire et éventuellement un syndrôme de loge. L'évacuation de cet hématome devient une urgence.
* Compression : certaines ruptures musculaires, par leur localisation, peuvent entraîner une compression directe par le moignon musculaire rétracté. Cette souffrance est assez souvent retrouvée dans les ruptures complètes d'ischio-jambiers qui se trouvent au contact du nerf sciatique.
La compression peut apparaître d'emblée, entraînant une hyperalgie du membre inférieur, difficile à comprendre par le simple fait de l'accident musculaire ou progressivement au cours de l'évolution.
Ces souffrances nerveuses sont de mauvais pronostic, justifiant un geste chirurgical réparateur, celui-ci n'apportant pas nécessairement une solution favorable. La chirurgie libératrice de fibroses tardives engainant le nerf est particuliérement difficile.
* Les lésions à potentiel de récidive : toute cicatrice musculaire est susceptible d'être instable et de permettre des récidives locales. Cela dit, certaines localisations sont manifestements plus défavorables.
Les désinsertions musculo-aponévrotiques de la zone myotendineuse, comme celles du jumeau interne ou du biceps crural, sont soit des accidents aïgus entraînant une impotence fonctionnelle immédiate, soit des micro-lésions entraînant une succession d'épisodes brefs, mais devenant gênant par leur répétition.
On retrouve aussi cette souffrance chronique au niveau des désinsertions osseuses de certains groupes musculaires comme les ischio-jambiers.
Habituellement, notamment pour le jumeau interne, après quelques accidents, tout se passe comme si un équilibre de la cicatrice pouvait survenir, aboutissant à une guérison apparente. La difficulté pour le praticien est de savoir, devant l'un de ces accidents itératifs, s'il est en présence du dernier.
Devant de tels tableaux évolutifs, entravant très sérieusement la carrière d'un sportif, des interventions chirurgicales ont pu être proposées. Elles sont très efficaces pour les pathologies de désinsertion aponévrotique. Elles sont plus douteuses dans leur résultat quand il s'agit des insertions osseuses, et imposent parfois des désinsertions thérapeutique.
* Ruptures musculaires progresseives : s'il est établi que le claquage et la rupture musculaire sont des accidents aïgus, entraînant une impotence fonctionnelle majeure immédiate, dans certains dossiers l'aboutissement à une rupture totale d'un muscle peut se faire progressivement ou par épisodes itératifs. Chacun de ces épisodes se présente comme bénin, prenant le masque d'une contracture ou d'une petite élongation.
Cette souffrance chronique musculaire entrave l'emploi du temps du sportif et aboutit le plus souvent à une lésion majeure. Ce stade terminal peut être un moyen de guérison.
Le droit antérieur, les adducteurs peuvent ainsi se rompre progressivement.
Pathologie musculaire grave au stade des séquelles
Il existe une date théorique de consolidation pour chacune des lésions initiales. Le claquage, c'est-à-dire la rupture de fibres musculaire, justifie une cicatrisation de plusieurs semaines. A date de consolidation, certaines cicatrices restent gênantes soit par la douleur, soit par leur instabilité. Elles nécessitent alors des traitements particuliers, médicaux ou chirurgicaux.
* la cicatrisation musculaire : il est actuellement admis que les fibres musculaires peuvent se régénérer. Cette cicatrisation se produit simultanément à celle des tissus conjonctifs plus classiques.
Cettes régénération musculaire dépend des cellules satellites de mauro. Celles-ci sont des cellules indifférenciées, situées entre la membrane basale et le sarcolemne des fibres musculaires. Lors d'une lésion, la nécrose des cellules musculaires semble permettre, par chimiotactisme, l'accumulation de ces cellules intermédiaires. Ces cellules de Mauro sont susceptibles de devenir des myoblastes, puis des cellules musculaires dans certaines conditions. Le volume lésionnel et l'écart interfragmentaire doivent être limités. L'hématome ne doit pas être trop abondant. Une remise en traction de ces fibres est nécessaire pour leur transformation.
Deux paramètres enfin sont essentiels : la vascularisation avec néoformation de capillaire et l'innervation.
Le plus souvent ces conditions ne sont pas réunies et la cicatrisation ad integrum ne sera que partielle ou inexistante et un cal fibreux deviendra le moyen de consolidation.
A partir des hématomes qui s'organisent, les cicatrices vicieuses kystiques peuvent apparaître.
Enfin, dans les lésions profondes ou proches des insertions osseuses, une ossification musculaire n'est pas exceptionnelle.
Toutes ces cicatrices peuvent parfaitement être suportées sans conséquence fonctionnelle par le sportif. C'est dire qu'il faut considérer comme grave, non pas les cicatrices elles-même, mais celles qui entraînent des douleurs ou des récidives.
Dr Y Demarais (6ème congrès de la Rochelle)
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